Rendre son amphi interactif

Tout enseignant rêve d’étudiants attentifs, posant des questions, faisant des liens avec d’autres matières et avec l’expérience. Nous savons intuitivement que l’engagement intellectuel pendant le cours constitue les prémisses d’un apprentissage de qualité. Pas d’apprentissage sans activité mentale. Nous savons aussi que ce n’est pas gagné : l’attention des étudiants s’érode rapidement pendant le cours, quand elle ne glisse pas vers d’autres sources d’information ou de distraction. Même les étudiants les plus studieux peuvent être davantage concentrés sur la prise de notes que sur la compréhension du cours, remettant celle-ci au travail personnel ultérieur. Cette page propose des idées pour mobiliser l’attention des étudiants en établissant de l’interactivité dans le cours magistral (on ne parle pas ici des travaux dirigés ou pratiques, ni d’apprentissage par problème ou par projet).
1. Il n’y a pas de construction individuelle des savoirs sans activité intellectuelle individuelle.
2. L’attention doit être relancée souvent.
3. On comprend mieux quand on a fait soi-même.
4. Établir la relation de l’apprenant au savoir.
5. Il faut traiter une information pour la mémoriser
mais aussi…
6. Favoriser la motivation.
7. Recevoir et donner du feed-back.
Dans son livre, Michel Saint Onge suppose que de nombreux cours sont bâtis sur les postulats suivants :

► ma matière est assez intéressante pour capter l’attention des élèves,
► les élèves sont capables d’enregistrer et intégrer un flot continu d’informations,
► les élèves apprennent en écoutant,
► les élèves sont des auditeurs avertis et habiles à prendre des notes,
► les élèves ont les connaissances préalables et le vocabulaire suffisant pour arriver à suivre les exposés,
► les élèves sont capables de diriger leur propre compréhension,
► les élèves sont assez sûrs d’eux pour dire lorsqu’ils ne comprennent pas,
► les élèves peuvent traduire ce qu’ils entendent en action.

Il précise ce qu’est, selon lui, apprendre :

► poursuivre un but,
► intégrer de nouvelles informations à sa connaissance antérieure,
► organiser sa connaissance,
► développer des stratégies,
► poursuivre un développement.

Il en déduit ce que devrait être enseigner :

► mettre en marche le processus de la pensée,
► assurer la médiation entre l’élève et le savoir :
– susciter l’activation de la pensée sur un sujet d’étude,
– susciter le traitement de nouvelles informations,
– susciter la synchronisation des connaissances,
► maintenir la relation pédagogique,
► évaluer la qualité des apprentissages.

Référence :
Moi j’enseigne, mais eux apprennent-ils ?
BeMichel Saint-Onge,auchemin, Montréal – Chroniques sociales, Lyon, 4ème édition, 2008, 123 pages

L’interactivité prend du temps
Si votre objectif est de donner un maximum d’informations aux étudiants en un minimum de temps, l’interactivité n’est pas ce qu’il vous faut. Mais alors posez-vous la question : un livre, un article, une vidéo (vous même filmé l’année dernière par exemple) ne feraient-ils pas aussi bien ? Mettre en place de l’interactivité c’est accepter de couvrir moins large (l’enseignant en dit moins) en vue d’augmenter les apprentissages (les étudiants retiennent davantage).

L’interactivité se construit au début du cours
Si vous commencez par parler une heure avant de donner la parole aux étudiants, il n’est pas étonnant que les étudiants ne posent pas de questions ni ne répondent aux vôtres. Ils se sont installés dans une écoute passive qu’il est maintenant difficile de briser. Le “contrat pédagogique” annoncé (ex : “dans mon cours les étudiants doivent poser des questions”) doit être confirmé le plus vite possible dans la pratique (ex, dès le début du cours : “avez-vous des questions sur le cours de la semaine dernière ou sur les exercices facultatifs de la semaine ?” ou, après avoir exposé en 5 minute le sujet du jour : “que savez-vous déjà sur ce sujet ?” ou “que vous évoque ce sujet”).

Les règles doivent être annoncées et claires
– Annoncez en début de cours, ou au début d’une séquence, le type d’interactions que vous allez mettre en place avec les étudiants et pourquoi vous le faites. Par exemple : “A la fin de cette démonstration, vous aurez 5 minutes en binômes pour vous assurer que vous avez bien compris toutes les étapes et vous éclairer mutuellement. Après ces 5 minutes chaque binôme me dira soit “nous pensons avoir tout compris”, soit “nous avons une question (et vous poserez la question).”
– Au moment où vous cessez de parler pour laisser les étudiants agir, écrivez au tableau ou projetez la consigne : l’étudiant doit savoir à tout moment ce que vous attendez de lui (répéter la consigne pour un étudiant inattentif casserait la concentration de ceux qui se sont mis rapidement au travail).

Tous les étudiants doivent être incités (et pas seulement invités) à mobiliser leurs facultés mentales
– L’interactivité nait d’une activité individuelle. Ex : “Chacun réfléchit à un mot qui… à une idée pour… à une question à propos de…”. Pour inciter, la consigne suivante est meilleure : “Chacun écrit (le mot, l’idée, la question) sur un bout de papier, dans 1minute (montre en main) je ramasserai au hasard 10 bouts de papier”.
– Faites tourner la parole. Ex : “On a entendu quelqu’un au premier rang, j’aimerais maintenant entendre quelqu’un du dernier rang” ; “Chaque groupe a eu plein d’idées, nous allons entendre une seule idée par groupe” ; “Vous (un étudiant est désigné), avez-vous une idée sur la question ?” (plutôt que “Vous, donnez-moi votre réponse”).

Les individus doivent être sécurisés
– Avant de donner la parole, faites travailler les étudiants par binômes ou en petits groupes, même très brièvement, ainsi ce qui sera dit en public sera l’expression d’un collectif et non d’une personne. Ex : “Maintenant que chacun a noté une question sur son bout de papier, vous vous mettez en binôme avec votre voisin immédiat et vous choisissez ou reformulez une seule question”.
– Annoncez que les erreurs sont bienvenues car votre but n’est pas d’obtenir la bonne réponse mais de vérifier leur niveau de compréhension ; valorisez le courage de ceux qui s’expriment.
– Si vous voulez pousser un individu, dites “Vous, avez-vous une idée sur la question ?”, plutôt que “Vous, donnez-moi votre réponse”, ce qui laisse la possibilité de ne pas répondre à la question sans perdre la face.

La participation doit être valorisée
Ne jamais juger les personnes après leur intervention mais valoriser leur participation. Le contenu de l’intervention peut être évalué mais n’a pas à être sanctionné (ni par une note, ni par une condamnation orale de son auteur). L’évaluation sanction a ses propres temps et règles qui ne doivent pas interférer avec le dialogue formatif.

Les questions doivent être stimulantes
Les étudiants ne s’engagent pas dans un dialogue avec l’enseignant si la question posée appelle une réponse évidente, si la question posée dépasse manifestement les capacités des étudiants, si la question posée n’est pas compréhensible, si la question se transforme pour les étudiants en “mais que veut-il nous faire dire ?”.

1. Le vote en amphi

 

2.Une site ressource pour trouver des scenari d’activités interactives à réaliser en amphi
Accéder au site
3. Quelques manuels présentant des techniques d’enseignement interactives en amphi

Enseigner à l’université dans une approche-programme, guide à l’intention des nouveaux professeurs et chargés de cours
Richard Prégent, Huguette Bernard et Anastassis Kozanitis,Presses internationales Polytechnique, Montréal, 2009, 330 pages

L’avis du pôle pédagogie : Ce livre reprend l’essentiel d’un livre plus ancien de Richard Prégent intitulé La préparation d’un cours (ce dernier n’est plus édité mais peut encore être acheté en e-book pdf). Une fois passé le chapitre sur l’approche programme et acceptée l’orientation “compétences”, le livre est pratique et propose de nombreux exemples. On peut le lire en continu ou piocher dedans à mesure des besoins.

Emprunter le livre à la bibliothèque Lesage

 

Enseigner à l’université, conseils pratiques, astuces, méthodes pédagogiques,
Markus Brauer,Armand Colin, Paris, 2011, 207 pages

L’avis du pôle pédagogie : Le sous-titre dit bien ce que contient le livre : des conseils, astuces et méthodes, fondées sur l’expérience personnelle de l’auteur, enseignant en psychologie sociale et cognitive, sur celle de ses collègues d’autres disciplines de l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand et sur les résultats de recherches cités tout au long de l’ouvrage. Un accent est mis sur le travail personnel des étudiants.

Emprunter le livre à la bibliothèque Lesage

“Pourquoi et comment enseigner de façon interactive en amphi”, Denis Berthiaume, Université de Poitiers, avril 2012, 1h45.
La première partie est axée sur le “pourquoi” (diapos 1 à 10) mais M. Berthiaume prêche par l’exemple et émaille son discours d’explications relatives aux techniques qu’il utilise. A partir de 68′, la conférence est davantage axée sur le “comment” (diapos 11 à 25).

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