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Intégrer le jeu dans son cours, mode d’emploi

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À priori intégrer un jeu dans son cours semble contraire à ce qui définit traditionnellement l’apprentissage en classe, car le jeu semble plutôt synonyme de distraction et de frivolité. Pourtant, on entend parler depuis quelques années de l’apprentissage par le jeu, voire de jeux sérieux dans l’enseignement supérieur. De quoi parle t-on ? Dans quelle mesure le jeu est pertinent dans un enseignement ? Quel investissement pour l’enseignant ?

L’apprentissage comme le jeu sont des activités humaines qui présentent de nombreux points communs : on peut apprendre en jouant et inversement. 

Gilles Brougère, chercheur en sciences de l’éducation spécialisé dans la question du jeu, propose dans son ouvrage « Jouer/Apprendre » cinq caractéristiques qui visent à définir ce qu’est une activité ludique :

theater

Le second degré :
C’est le caractère fictif du jeu, le scénario par lequel on « fait semblant » d’incarner un personnage ou de se plonger dans une situation.

boss

La décision :
« Jouer, c’est décider ». Le jeu se déroule dans un cadre prédéterminé avec des règles. Si le joueur a une liberté d’action, il agit toujours en premier lieu dans ce cadre. De ce fait, le scénario d’un jeu résulte d’un enchaînement de décisions prises par les joueurs.

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La règle :
Règle et décision sont indissociables. La règle n’est pas un critère discriminant mais permet plutôt de comprendre les conséquences des deux premiers critères proposés. Brougère distingue les règles définies préalablement au jeu (les échecs) et les règles produites au fur et à mesure du jeu par les joueurs eux-mêmes (les jeux symboliques des enfants).

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La frivolité :
C’est un critère lié au second degré, car dans le jeu, « on fait semblant » et à la décision, car on évolue dans un monde où les décisions prises sont sans conséquence. C’est cette minimisation des conséquences qui favorise l’implication du joueur dans les décisions relatives au jeu.

faq

L’incertitude :
L’incertitude est le dernier critère retenu par Brougère. Cette caractéristique est la plus discriminante. Même si le scénario s’appuie sur une trame prédéfinie, il se construit au fur et à mesure du déroulement du jeu. On ne sait jamais à l’avance comment le jeu se termine.

 

Dans un contexte de cours où ce qui est évalué d’abord sont des savoirs formels et structurés, les activités pédagogiques comme l’exposé ou les exercices d’application suffisent en général. Les critères du jeu rentrent peu en considération .

En revanche, l’activité ludique devient pertinente lorsque l’on cherche à :

  • évaluer une situation complexe, comme par exemple un savoir-faire technique, un savoir-être. Alors, les critères de décision, de règle et d’incertitude peuvent rentrer dans l’équation de l’évaluation.
  • agir sur la motivation intrinséque et/ou extrinséque de l’élève.  Le plaisir découlant de l’expérience de jeu peut se conjuguer avec celui d’apprendre ou le suppléer.
  • améliorer la concentration sur des tâches spécifiques. L’expérience de jeu maintient l’attention un peu comme pour l’apprentissage d’un instrument,  elle permet sur des tâches déterminées d’obtenir un meilleur contrôle exécutif au sens de la psychologie cognitive.
  • se rapprocher des habitudes et des expériences des élèves, notamment sur le plan des usages des outils numériques.
continuum sg
La gamification (on parle également de ludification) consiste à reprendre des mécanismes de jeu dans un enseignement afin d’encourager la participation et la motivation des étudiants. Ce concept, inhérent au jeu sérieux, n’y est cependant pas exclusif.

Exemple : Utiliser un outil de quizz numérique dans sa classe, Kahoot


La simulation cherche à mettre en pratique des connaissances vues en classe et à immerger dans les conditions les plus réalistes pour tester et évaluer des savoirs-faire ou des savoirs-être . De ce fait, on ne met pas autant l’accent sur l’expérience de jeu que dans les jeux de formation.

Exemple : La simulation de gestion de crise à l’École des Ponts

Dans les jeux de formation, on retrouve à la fois le caractère motivant lié à la gamification et la volonté d’immersion des simulations . On cherche autant à ce que l’élève joue qu’à ce qu’il apprenne aussi bien à travers des moyens rudimentaires (jeux de société) qu’à travers des outils technologiques (serious game).

Le serious game ou jeu sérieux se définit comme une application informatique, dont l’objectif est de combiner à la fois des aspects sérieux (serious) tels, de manière non exhaustive, l’enseignement, l’apprentissage, la communication, ou encore l’information, avec des ressorts ludiques issus du jeu vidéo (game). Il s’agit de l’objet le plus complexe mêlant pédagogie et jeu. Plus qu’une simple simulation, un serious game demande d’une part une scénarisation poussée et d’autre part un mécanisme de jeu ou gameplay efficace.

Exemples :

Escape Classroom : un jeu pédagogique pour enseigner l’optimisation combinatoire

Mecagenius, un serious game sur le génie mécanique

Echelle de valeur : + peu, ++ moyen, +++ très

Gamification Simulation Serious Game
Complexité scénaristique + + +++
Complexité technique + +++ +++
Divertissement ++ + +++
Temps de production + +++ +++
Assimilation pour l’apprenant +++ + ++
Transposition du dispositif +++ + +

 

On peut classer les jeux sérieux selon leurs intentions sérieuses :

billboard

Les jeux publicitaires ou advergame visent à faire la publicité d’un thème, sensibiliser le public à une cause. Ils proviennent aussi bien d’entreprises privées que d’organismes publics et ont pour but principal d’influencer ou d’informer l’opinion sur un sujet.

Exemple :

graph

Les jeux de management ou business games placent le joueur dans une situation professionnelle, la plupart du temps, de décideur afin d’évaluer l’impact des décisions.

Exemple :

reading

Les jeux de formation ou learning games sont pleinement dédiés à la formation et à l’apprentissage. Ils visent la transmission de savoirs, savoirs-faire ou savoirs-être.

Exemple :

Dans le cas des écoles d’ingénieurs, on privilégie les deux derniers types de jeux.

On peut aussi aborder les jeux selon le type de gameplay :

mechanic

La simulation peut être comportementale (ex : conduire un entretien) ou technique (ex : conduire un véhicule) et à pour but de reproduire de la manière la plus réaliste possible une procédure à appliquer dans un environnement donné.

sword

Le jeu de rôle qui peut être vu comme une variante de la simulation met davantage l’accent sur la personnification. Le joueur incarnant un personnage évolue dans un univers donné effectue des actions qui ont des répercussions sur ce dernier.

finances
Le jeu de gestion donne au joueur la possibilité de gérer un système en agissant sur des paramètres définis de manière à garantir le meilleur fonctionnement possible.

Le type de gameplay est propre cette fois-ci plus généralement au jeu vidéo. Cette classification est non exhaustive, mais donne un aperçu des jeux les plus répandus.

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